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Ce livre appartient collection TITVLI, initiée par Silvio Panciera et publiée sous l’égide de La Sapienza. Il marque l’aboutissement du projet Marie Skłodowska-Curie IF (101025799) de Sergio España Chamorro intitulé IMPACTVM – Mapping the impact of the Augustan colonies on the Early Roman Empire. Il fait suite au colloque organisé à Rome du 20 au 22 février 2023, sous la direction de David Nonnis, Silvia Orlandi, Maria Letizia Caldelli et Angela Cinalli. Préparé et édité par Sergio España-Chamorro et Gian Luca Gregori, l’ouvrage rassemble les contributions de dix-sept chercheurs, choisis pour leur expertise sur l’apparition et l’évolution des inscriptions romaines dans les territoires qu’ils étudient. Les éditeurs rappellent dès les premières pages les travaux de référence de R. MacMullen, G. Wolf, G. Alföldy, F. Beltrán Lloris et B. Díaz Ariño, offrant ainsi une relecture de la diffusion et de la romanisation de la pratique épigraphique selon les régions. L’ensemble permet à la fois des comparaisons entre provinces et un état des lieux spécifique à chacune.

L’ouvrage est structuré en cinq parties, organisées selon un découpage géographique : provinces ibériques, africaines, gauloises, grecques, puis deux études trans-provinciales. Les provinces gauloises occupent une place plus importante en nombre de contributions et de pages.

La première partie met en lumière la diversité des situations dans la péninsule Ibérique. F. Beltrán Lloris étudie le Nord-Est, J.M. Abascal Palazón le nord-ouest (avec un hommage à A. Tranoy en conclusion), A.F. Caballos Rufino le sud, et J. Edmondson la Lusitanie, notamment Augusta Emerita. Les communications révèlent des dynamiques variées : une épigraphie romaine codifiée et proche des modèles italiens au nord-ouest et au sud ; une créativité locale en Galice ; des processus d’adaptation et de diffusion en Lusitanie. Ces études soulignent le rôle des coloniae et des municipes dans l’adoption précoce de l’épigraphie.

La deuxième partie, consacrée aux provinces africaines, adopte une approche thématique. S. Lefebvre analyse les mentions des conditores dans l’épigraphie publique et observe que les cités promues ne multiplient pas les hommages, tandis que les inscriptions évoquant Auguste apparaissent plus fréquentes dans celles qui espèrent une promotion. A. Ibba examine la propagande césaro-augustéenne en Afrique proconsulaire, Sardaigne et Corse, à travers inscriptions, monnaies et monuments, en identifiant deux vecteurs principaux : les proconsuls italiens et les notables locaux. Enfin, S. Antolini montre en Cyrénaïque une romanisation progressive d’une tradition épigraphique d’origine hellénique, portée par des élites locales en contact avec Rome.

La partie consacrée à la Gaule met en évidence les différences entre les provinces et à l’intérieur même de celles-ci. En Italie du Nord, B. Augier étudie les carrières des noui homines cisalpins et souligne l’importance des réseaux locaux, à travers des inscriptions monumentales souvent funéraires. Entre Rhône et Pyrénées, M. Christol retrace la naissance de l’épigraphie romaine dans un contexte déjà marqué par des pratiques gallo‑grecques, en insistant sur le rôle de Narbonne, Béziers et du territoire arécomique. Toujours en Narbonnaise, S. Agusta‑Boularot compare les inscriptions religieuses des colonies romaines et des oppida latina, en interrogeant la rapidité du développement monumental lié aux immigrés italiens (vétérans, negotiatores). N. Laubry s’intéresse ensuite aux colonies de la vallée du Rhône (Valentia, Vienna, Lugdunum) et, malgré une documentation limitée, met en lumière d’une part des similitudes dans l’identité des acteurs (notables, affranchis), et d’autre part des particularismes formels. Enfin, M. Navarro Caballero étudie l’Aquitaine à partir des corpora récents (ILA) et montre des disparités entre nord gaulois et sud aquitain : adoption plus précoce de la pratique funéraire romaine au sud, tandis que le nord reste marqué par la langue et les usages gaulois.

La quatrième partie réunit les travaux d’A.D. Rizakis, F. Camia et S. Zoumbaki. Le premier analyse la romanisation de l’épigraphie en Grèce continentale, en étudiant son implantation dans l’espace public, ses formes et son contenu. Il souligne l’usage du latin dans les colonies jusqu’à Hadrien, avant un retour progressif du grec, et l’imposition d’une hiérarchie dominée par l’Empereur. F. Camia examine l’épigraphie religieuse, notamment à Patras autour d’Artémis Laphria, et conclut à une religiosité demeurant fondamentalement grecque, marquée par un effet de revitalisation. Enfin, S. Zoumbaki, malgré une documentation limitée, propose un panorama efficace de l’adoption de l’épigraphie dans les Cyclades et des transformations qu’elle traduit.

La dernière partie regroupe deux études thématiques. C. Cortés‑Barcena analyse les termini augustéens, utilisés par Auguste comme support de représentation du pouvoir en Italie et dans les provinces. Le second travail, proposé par J.M. Cortés Copete et F. Lozano, présente les résultats de deux projets sur la performativité de la parole impériale, à travers 250 inscriptions de lettres et discours datés de l’époque augustéenne à la fin du IIᵉ siècle.

Ce volume de la collection TITVLI offre une approche structurée et comparative de l’épigraphie romaine dans les provinces de l’Empire, marque une étape importante dans la régionalisation des études sur l’épigraphie romaine et fournit une base solide pour de futures recherches, notamment à l’échelle micro‑régionale. L’ouvrage dépasse la simple compilation, pour constituer un véritable répertoire géographique à portée comparative de l’epigraphic habit entre la fin de la République et l’avènement des Flaviens, dans l’Hispania, l’Africa, la Gallia et la Grèce. Si toutes les provinces ne sont pas couvertes, l’ampleur du projet justifie ce choix. La diversité des approches, loin de nuire à la cohérence, enrichit l’ensemble en offrant à la fois des synthèses régionales et des pistes méthodologiques. En réunissant des spécialistes de différents territoires, il met en évidence la diversité des rythmes d’adoption et des modalités de diffusion de la pratique épigraphique, tout en soulignant le rôle des élites locales et des coloniae dans ce processus. L’organisation en cinq parties, allant des études régionales aux analyses trans-provinciales, permet de croiser les perspectives et de mieux comprendre les dynamiques communes comme les spécificités locales.

En proposant à la fois des synthèses régionales et des comparaisons plus larges, ce livre constitue à la fois un état des lieux utile et un florilège de pistes pour la recherche future. Il s’inscrit dans la continuité de travaux fondateurs, tout en apportant des éclairages nouveaux sur la manière dont les communautés provinciales ont intégré, adapté ou transformé cette pratique.

Victor Sergues, Université Bordeaux Montaigne, UMR 5607 – Institut Ausonius

Publié dans le 17 juillet 2026.