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Avec ce volume, dans la poursuite de son œuvre d’éditeur des traités de rhétorique grecs dans la CUF (5 tomes pour le Corpus Rhetoricum proprement dit), Michel Patillon complète sa contribution à notre compréhension de l’œuvre d’Hermogène, déjà amorcée par ses éditions, dans la même collection, de l’Etude sur les Etats de cause d’Hermogène de Georges Monos d’Alexandrie, et de l’ Explication des Etats de cause d’Hermogène d’Eustathe.

C’est du milieu du IVe s., que l’on date Le Commentaire sur l’Art d’Hermogène, de Sopratos, dont nous est donnée, avec la présente édition critique, la première traduction intégrale en langue française, une traduction que M. Patillon s’est appliqué (et a réussi) à rendre la plus claire possible malgré sa technicité.

Si l’auteur de ce Commentaire ne demeure qu’un nom, en revanche Hermogène est une figure plus connue : originaire de Tarse en Cilicie, ce rhéteur vécut au IIe-IIIe ap. J.-C. Sous son nom nous sont parvenus cinq traités, dont seuls deux sont tenus pour authentiques : Sur les Etats de cause (Περì στάσεων) et sur les Catégories stylistiques (Περì ἰδεῶν λόγου).

Dans l’enseignement de la rhétorique antique, la théorie des états de cause qui remontait au moins à Hermagoras (IIe s. av. J.-C.), était devenue un élément essentiel de la théorie du discours judiciaire et délibératif, et c’est au IIe ap. J-C. que deux rhéteurs, Minucianus d’Athènes et Hermogène de Tarse, lui avaient donné sa formulation la plus aboutie. Le traité d’Hermogène indiquait ainsi quelle doit être la position adoptée par chacune des parties dans une controverse – c’est la théorie de la distinction entre les divers états de cause, distinction établie selon une méthode rigoureuse – et par quelles étapes successives doit passer le débat – c’est la théorie de la division de chaque état de cause. Autrement dit le traité exposait, à propos de toute question posée, quelle position il convient d’adopter et quel plan on doit suivre pour argumenter.

Le commentaire de Sopatros porte précisément sur le Περì  στάσεων d’Hermogène dont il suit point par point le plan. Mais, comme le souligne, dans son introduction M. Patillon, le Commentaire de Sopatros est plus qu’une simple exégèse : complétant l’ouvrage d’Hermogène par des exposés originaux et des apartés critiques, il constitue en lui-même un nouveau traité de rhétorique propre à relayer, dans une totale continuité doctrinale, celui de son prédécesseur.

Il convient de remercier M. Patillon pour son inlassable activité d’éditeur et de traducteur de ces textes techniques, certes difficiles à lire mais indispensables pour l’analyse et la compréhension de la production oratoire antique, et qui étaient demeurés, depuis le XIXe s., seulement accessibles dans les éditions de L. Spengel ou C. Walz.

 

Cécile Bost-Pouderon, Université de Tours

Publié en ligne le 29 janvier 2021